Stranger Danger – Part 2

Un voyage de quatre heures vers les Antilles voisines allait me prendre vingt-deux heures. L’aéroport de Sint Maarten, plaque tournante incontournable, était fermé. Pour m’assurer d’une place à bord des rares avions, il allait falloir courir et jouer des coudes à chaque correspondance.  Au téléphone, je remerciai l’haïtien qui avait pris  le temps de s’assurer que je pourrais arriver à destination.   

De chez moi au guichet de Dulles, j’ai trimbalé mes six valises comme un colporteur. De Washington à Atlanta, d’Atlanta à Amsterdam, d’Amsterdam à Paris, puis de Paris à Pointe-à-Pitre, je me suis démené comme un forcené pour convaincre les autorités de me laisser poursuivre mon chemin. Chaque fois, l’incertitude me minait, rendant mon périple mouvementé.

Des voyageurs se faisaient refouler. Je devais rester concentré pour éviter le même sort. Faute de preuves de leur statut de résident, de factures et autres documents officiels, plusieurs personnes se voyaient nier l’accès à bord. Heureusement, la lettre du consul de France à Washington me facilitait l’accès. Selon elle, je rentrai définitivement au bercail. Après une éternité passée sous d’autres cieux, je rentrais enfin. Était-ce vraiment possible ? Ce chez-soi quitté, il y avait trop longtemps, était-il vraiment encore chez moi ? C’était où chez moi, au juste ? 

Après une collation à Atlanta, à la bourre, je n’avais pas pu me brosser les dents. Tant pis ! J’étais content pour une fois de sentir mauvais. J’allais voir la famille ! Sur le vol Amsterdam-Paris, coincé comme une sardine dans un avion minuscule, à travers un masque souillé, je respirais avec grand-peine. Contrairement à Atlanta et à Schiphol, l’aéroport d’Amsterdam, Charles de Gaulle était désert. Deux ou trois individus de la police des douanes traînaient ici et là à l’affût de rares passagers comme moi sur lesquels ils pourraient faire régner la terreur. Quand un d’entre eux m’interpella, j’essayais de me glisser dans leurs toilettes. Que voulait-il ? Il m’interdisait maintenant d’aller pisser et me fouillait déjà les poches. Voyait-il en moi un délinquant ? « Rien à déclarer votre honneur. » Il m’indiqua le chemin. 

L’unique comptoir ouvert était le nôtre, les quelques voyageurs privilégiés. C’était foutu. Rien à faire quant aux chiottes. Décidément ! À destination de la Guadeloupe, il fallait prendre son mal en patience. On ne pouvait pas tout avoir, le soleil ou bien les chiottes ? Sur le vol de Paris à Pointe-à-Pitre, nous étions peu nombreux. Ouf. Il y avait plein de places. Après une visite rapide au petit coin, je m’étalais de tout mon long sur plusieurs sièges et m’endormis dans l’avion, trop éprouvé pour me brosser les dents. Aucune chance de polluer l’atmosphère. 

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