L’ombre du Noir conservateur

Cette année encore, en 2016, nous avons assisté à la campagne avortée d’un Noir candidat à l’investiture républicaine. En 2012, il y en avait un autre, Herman Cain, un Noir conservateur favori de l’extrême droite du parti républicain, le Tea Party. Avant eux, il y avait, Alan Keyes, un républicain noir candidat à la présidence des États-Unis en 1996, 2000, et 2008. Michael Steele fut le premier noir américain à diriger le parti républicain, de 2009 à 2011.

En 2015, les élections de mi-mandat qui ont renouvelé la Chambre des représentants et une partie du Sénat ont marquées l’entrée notable au Congrès de deux conservateurs noirs : Mia Love, la première femme noire républicaine au Congrès. Une haïtienne américaine de 40 ans, représentant l’Utah et convertie au Mormonisme. Et, Tim Scott, un républicain de 49 ans, le premier Noir élu dans le sud, en Caroline du Sud pour être précis, depuis la guerre de Sécession et envoyé au Sénat.

Le feu des projecteurs se braque à juste titre sur le mouvement populaire de gauche « Black Lives matter ». Pourtant, ces conservateurs noirs sont loin d’être des anomalies, malgré un contexte politique qui les présente comme telles. Nous connaissons tous les ex secrétaires d’État, Colin Powell et Condoleezza Rice, ainsi que le juge de la Cour Suprême, Clarence Thomas. Mais, derrière eux se dissimulent une ribambelle de personnes connues et moins connues, les rappeurs, LLCool J., 50 cents, Nikki Minaj. L’actrice Stacey Dash. Les acteurs, Dwayne ‘the Rock’ Johnson, James Earl Jones. Les ex joueurs de basket, Dennis Rodman, Charles Barkley, et Shaquille O’Neal. Le promoteur de boxe, Don King. Autant de conservateurs républicains. Leur parti tente, coûte que coûte, d’élargir sa base électorale traditionnelle pour assurer le contrôle républicain de la Maison Blanche dans les années à venir.

Il est tentant de penser qu’ils se sont simplement tous fait « les perroquets de l’extrême droite », mais qu’en est-il vraiment ? Lorsqu’on apprend que Martin Luther King lui-même était républicain, on se rend compte que l’image qui se profile demande à être élucidée. En apportant une perspective sur cette question d’actualité nous pensons faire un peu plus de lumière sur ce que l’avenir réserve à la communauté noire américaine.

Plus les Noirs intègrent la classe moyenne, et dans certains cas les classes supérieures, plus les rangs de ceux qui se laissent séduire par le conservatisme augmentent. On assiste à une résurgence incontournable du conservatisme noir. Les nouveaux conservateurs doivent leur bonne fortune à la politique du parti démocrate qu’ils soutenaient autrefois. Ils n’hésitent dorénavant plus à le rejeter pour protéger leurs nouveaux privilèges.

Convaincus qu’ils sont que l’État, malgré les bonnes intentions qui l’animent, empêche aux Noirs de s’en sortir ; subventionnés par la droite, ils s’attellent à convertir l’électorat noir à la cause de la révolution conservatrice. Ils se transforment en autant de chantres prêts à faire miroiter à la communauté noire une alternative aux organisations comme la NAACP, et à livrer l’électorat noir au parti républicain pour en garantir les futures victoires.

Ce retournement de situation inattendu, extraordinaire même, est en train de transformer le paysage politique américain.  Nous devons comprendre ce phénomène qui va en s’amplifiant pour pleinement apprécier la complexité de la communauté noire américaine et le dialogue qui s’instaure. Il marquera le 21ème siècle aux États-Unis.

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