J’ADORE LE CRÉOLE, MAIS LA CRÉOLITÉ N’EST PAS MON TRUC

Avec toutes ces histoires de complexes et d’aliénation qui circulent, il serait facile de croire que les antillais souffriraient d’une crise identitaire, et que le culturel constituerait l’essence même de nos problèmes. Pour sûr, l’estime de soi et la valorisation de nos productions représentent des éléments fondamentaux du développement d’une communauté stable, mais il existe au moins deux dimensions plus fondamentales encore : l’économique et le politique. La transformation des ressources humaines et la promotion de l’initiative personnelle comme moteurs d’une activité économique accrue et diversifiée mèneraient à une plus grande maîtrise de notre environnement. Voilà les vrais facteurs de notre enrichissement. Car au fond, il s’agit bien de cela, d’enrichissement. Notre retard collectif et la souffrance qu’il suscite, trouve leur source dans cette impuissance économique qui définit largement aussi nos défis politiques. Nous évoluons encore dans un système marqué par le modèle du système des plantations et notre indépendance personnelle dépend encore des maîtres du moment.

Je suis d’accord avec madame Imanyé Dalila Daniel auteure de Zaïre et Théophile pour dire que les descendants de l’oligarchie locale, les Békés, sont les seuls créoles. Selon le dictionnaire le créole est bien une personne de race blanche, d’ascendance européenne, originaire des plus anciennes colonies d’outre-mer. S’identifier à eux, alors même que l’on ne jouit d’aucun de leurs avantages historiques, notamment la mainmise sur des secteurs clef de l’économie, reviendrait à se leurrer au point de rendre difficile tout réveil nécessaire au décollage économique. Il est tentant de penser que cette identification au créole si l’on n’en est pas un soi-même cacherait une profonde haine de soi. Juste parce que nous partageons le même espace géographique, et plus ou moins le même espace culturel ne signifie guère que nous partageons aussi les mêmes intérêts économiques et politiques. Qui profite de quoi, et au final, qui gagne ?

Si l’on est honnête avec soi-même, on sait tous plus ou moins d’où l’on vient. Nous portons les marques de nos gènes dominants, et avons souvent connaissances du rappel familial de nos gènes récessifs.  Et si cela ne suffisait pas, un test ADN réglerait rapidement toute confusion. Faire l’éloge du métissage ne règle rien, car c’est ce rapport de force identitaire qui mobilise insidieusement notre attention et retarde la réhabilitation de la partie la plus sombre de notre humanité. On n’échappe pas à ce que l’on est. Le contact avec l’étranger nous le rappellera. Identifier clairement, sans ambiguïté ou concession, ses propres intérêts matériels et existentiels est plus susceptible de nous mettre sur la voie d’un plus grand épanouissement. Nous devons cesser d’être des jouets dans les calculs de ceux qui se jouent de notre confusion.

Le créole en tant que langue demeure un instrument, et en tant que tel, doit participer à notre développement. Il ne doit jamais, par contre, devenir un carcan dans lequel on s’enferme pour lécher ses plaies. C’est un instrument parmi d’autres qui eux aussi méritent d’être cultivés. Si le chinois, l’anglais, l’espagnol, le français ou n’importe quel outil linguistique ou autre facilite mon développement économique, il est sage de le cultiver. Le culturel agrémente certainement l’existence. Il la rend signifiante et doit impérativement servir le développement économique, cet ultime facteur de souveraineté.

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