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Diriger. Ça veut dire quoi ?

Écrit avec la contribution de Chris Summers

La différence entre un leader et un grand leader relève souvent du savoir-être plutôt que du savoir-faire.

Lors de notre dernière conversation, Chris m’a raconté l’histoire d’un formateur/consultant en leadership de renom qu’une entreprise avait sollicité pour l’aider à améliorer ses performances. Le premier jour de classe, le PDG fit les introductions puis expliqua aux cadres ce qu’il comptait voir se produire à l’issue de leur participation à la formation. Satisfait de l’enthousiasme collectif, il se dirigea vers la porte de sortie pour retourner à son bureau. Le formateur lui emboîta immédiatement le pas. Surpris, le PDG se retourna pour lui faire face.

— Que se passe-t-il ? Vous cherchez les toilettes ?

— Non, non, du tout. Si vous ne restez pas, je ne vois pas pourquoi je devrais rester !

Le PDG était confus et ne comprenait pas l’attitude du formateur.

Comprenez-vous sa confusion ?

Le leader donne le ton. Par son engagement personnel, il donne aussi l’exemple. S’il désire un changement, même chez les autres, il doit être le premier à changer. Au final, qu’il soit directement impliqué ou non dans les opérations au jour le jour, il demeure responsable de la bonne marche de l’entreprise. Sans devenir la risée de ses paires, il lui serait impossible de dire des choses comme : Ce n’est pas de ma faute, ou bien encore, je ne savais pas. Il se doit d’incarner les valeurs de l’entreprise et de se comporter comme s’il était le premier concerné par son succès ou son échec. Tout le monde attend cela de lui. Si l’objectif est d’améliorer la performance de l’entreprise, il est normal qu’il participe aux formations en leadership avec son équipe. Qui sait ? Il pourrait même apprendre comment il a lui-aussi contribué aux difficultés de l’entreprise.  

Les membres du groupe devaient, ensemble, explorer des solutions à leur problème commun, en quoi se mettre en retrait, éviter d’échanger des informations avec le groupe, et d’apprendre à voir les choses différemment, au travers d’un nouveau prisme, serait de nature à faciliter le déblocage de la situation ?

 C’est ce que diriger veut dire. Concevoir la vision, définir la direction, tracez le cap, et pousser de l’avant, ensemble. C’est un processus qui développe la confiance dont une équipe a besoin pour exceller.  Avez-vous déjà entendu un leader dire : « Hé, attendez-moi ? Je suis votre leader. »

To lead. What does it mean?

Written with Chris Summers’ contribution.

What can we do to begin improving our potential for great leadership?

The difference between a good leader and a great leader often comes down to essential interpersonal skills rather than simple know-how.

         During our last conversation, Chris told me the story of a renowned leadership trainer/consultant who had been asked by executives to help improve their organization’s leadership. On the first day of class, the CEO made the introductions and explained to the management team what he expected to come out of their participation. Satisfied with the level of enthusiasm in the room, he headed for the exit prepared to return to his office. The trainer followed suit immediately. Startled, the CEO turned around to face him. What’s going on? Are you looking for the restroom?

 No, not at all. I figure, if you are not staying, I do not see why I should stay!

The CEO was confused and failed to understand the attitude of the trainer.

Do you understand the confusion?

The leaders are the ones who sets the tone. They set an example through personal commitment. If they desire change, even in others, they must be the first to change. In the end, whether or not they are directly involved in the day-to-day operations, they are responsible for the smooth running of the company. It would be impossible for them, without becoming a laughing stock, to say things like: It is not my fault, or I did not know. The CEO must exemplify the values ​​of the company and behave as the person most concerned by its success or failure. That is what people expect of leaders. It is normal they participate in this type of training with their management team. They might even learn how their actions and attitudes have contributed to the problems the company faces.

While the members of the group would be exploring solutions to a common problem, how useful is it to step back, to keep avoiding exchanging information and participating with the group, and learning to see things through a new lens?

This is what it means to lead. To cast the vision, set the direction, chart the course and together, lead from the front.  It’s a process that helps develop the trust a team needs to excel. Have you ever heard a leader say, “Hey, wait for me? I’m your leader! »? 

RIFIFI CHEZ LES MAKRELLES

Ma mère, une femme frêle et âgée, n’avait jamais souhaité mon retour définitif. Elle se comportait comme si je n’étais pas son fils. Trop carré, trop maniaque, à cheval sur l’ordre et la propreté, je ne pourrais jamais me réadapter à la vie locale, disait-elle. Vivre à l’étranger m’avait pourri.

En l’espace de trente ans, elle ne m’avait vu qu’une fois toutes les deux ou trois années, à l’occasion d’une visite d’une semaine pendant mes congés annuels. Nous partagions au moins un repas dans la gêne. Je mangeais, elle parlait, ou bien parfois des membres de la famille animaient une conversation qui virait immanquablement à la polémique. Pourtant, elle n’avait plus la force de se disputer comme elle l’avait fait pendant mon enfance. Elle n’allait plus très bien, et lors de mes deux derniers séjours, m’avait gentiment prié de ne plus revenir chez elle. Je l’avais délibérément oublié.

Ma mère est chez elle en Guadeloupe et mon père sous terre, chez lui au Cameroun, et moi j’étais chez moi partout. M’exiler aux États-Unis m’avait semblé facile. Une inadéquation permanente me disposait à errer.

Je ne les ai pas vraiment connus, et avais du mal à parler à ma mère comme l’on parle à une personne normale. Je ne sais pas pourquoi, nous n’avions jamais échangé de mots tendres. Je n’y arrivais pas. Mon ton, soit trop sec, soit trop dur, trahissait l’impatience que je ressentais envers elle. Une fois, à quinze ans, j’avais essayé de lui dire que je l’aimais. Elle m’avait fait ravaler mes mots en me rabrouant avant que j’eusse fini. « Qu’est-ce qui t’arrive ? » Ni elle ni moi étions à l’aise avec ce type d’intimité. Elle faisait son devoir, jouait son rôle, et moi, le mien. Les choses étaient normales comme ça !  

De retour définitivement sur l’île où elle m’avait mis au monde, résignée, elle me donna la clef d’un studio situé dans un bâtiment vide.

Un pied à terre, exactement ce qu’il me fallait. Je reprenais mon souffle. Quelques mois auparavant, j’avais vendu mon appartement à l’étranger ; ce qui faisait de moi un sans-abri.

Le sourire aux lèvres, j’ouvris tout grand la porte du studio avant d’être frappé par une puanteur insoutenable. Des murs badigeonnés de merde, un sol jonché d’immondices, des portes et des persiennes défoncées, une moto désaxée abandonnée dans un coin, la rage d’un locataire insolvable confronté à son expulsion s’étalait à ma vue comme un spectacle macabre. Des travaux onéreux s’imposaient. Des mois de loyers avaient été perdus à tout jamais. J’étais découragé !

Êtes-vous un esclave moderne ?

En plus d’être contraint de travailler sans rémunération, sous la menace de sévices corporels, qu’est-ce qu’un esclave ?

Un esclave est un être rabroué qui vit dans la peur constante de la violence ; privé de stimulation intellectuelle, de choix, de son libre-arbitre, de l’usage de son temps pour son propre épanouissement, d’un statut valorisant, d’un droit à la justice, à la considération d’autrui, d’une parenté choisie et assumée, d’une sexualité libre du regard et des diktats de l’autre, un être astreint à la manipulation de ceux qui peuvent comme bon leur semblent interrompre son existence.

La peur, les interdits, les restrictions, la pénurie, l’humiliation, la crasse, la réprobation et la punition sont son lot quotidien.

Quelle incidence aurait donc un tel lot quotidien sur sa psyché ?

Il pourrait bien mener à l’engourdissement de ses facultés intellectuelles, à l’atrophie de son sens moral, à l’émergence d’un trouble schizo-affectif, à de la dépression, à de la catatonie, à l’inhibition des mécanismes de la réalisation de soi.

Il pourrait bien mener aussi à un regard négatif sur soi, à la perte de valeur individuelle, à l’attente d’une issue défavorable aux évènements de sa vie, à l’impossibilité de se projeter dans un avenir meilleur, à l’absence d’estime de soi, à l’incapacité de se connaître soi-même et de se respecter, à la fabulation, au stress, à l’absence de valeur perçue chez ceux qui lui ressemblent, à la colère excessive, à l’impossibilité de faire confiance à son environnement et aux personnes qui s’y trouvent.

Telles des prophéties autoréalisatrices ce lot quotidien déclenche des comportements d’autoprotections qui dans un environnement anxiogène s’avèrent à la longue suicidaire.

Il pourrait bien mener aussi à la recherche de la validation du bourreau, à la délation, au conformisme, à la fourberie, à la perfidie, à la lâcheté, à la désolidarisation d’avec ceux qu’on rejette parce qu’ils nous ressemblent, à l’attachement aux signes extérieures supputés apporter une amélioration même infime à notre traitement quotidien, une teinte claire, une plus grande affinité avec la caste dominante et sa culture…

Êtes-vous un esclave moderne ?

D’indépendant à hybride

Le 4 février 2022, je reçois un contrat contresigné par un éditeur français. Le 5 février 2022, je retire Miette d’Empire des réseaux de distribution, n’ayant plus le droit de l’exploiter moi-même.

C’est dur de céder ses droits sur sa création. Ce n’est pas la première fois.  Il y a six ans, pris de panique devant mon incapacité à joindre un éditeur qui refusait de communiquer, j’avais résilié notre contrat. j’ai rejeté des offres à cause d’une crainte justifiée de perdre tout contrôle sur mon travail.

Les pourcentages dérisoires proposés ne rivalisaient en rien avec ce qu’Amazon et d’autres m’offraient. Tant que j’étais aux États-Unis, je m’acharnais à jalousement préserver mon indépendance. Le marché étant plus grand et moins snob, nombre d’auteurs y réussissent à générer de l’intérêt et un revenu pour des œuvres qu’ils publient eux-mêmes. 

Une fois sur le territoire français la donne a complètement changé. L’achat de livres en ligne ne jouissant pas du même engouement qu’aux États-Unis, couplé à mon manque de visibilité, m’ont poussé à finalement franchir le pas après qu’un éditeur français que j’étais déterminé à ignorer (en raison des droits d’auteur négligeables qu’il m’offrait) m’ait relancé.

Par la suite, une amie m’asséna, comme pour me convaincre du bien-fondé de ma décision : « Ton 60 % ne vaudra jamais leur 10 % ». J’ai compris qu’elle voulait dire que sans l’aide de professionnels, mes ventes ne risquaient pas de décoller. Sachant qu’il n’existe aucune garantie, il fallait que je donne au livre toutes ses chances.

Je ne suis toujours pas à l’aise avec ma décision, mais j’apprends à vivre avec. Savoir que mes autres ouvrages restent sous mon contrôle m’aide à encaisser le coup. J’espère que celui que je viens de sacrifier à l’hôtel du mercantilisme illuminera un peu les autres. Pleurez pour moi pauvre prêcheur !

Dans trois mois, mon livre réapparaîtra sur le marché, je ne sais pas à quoi il ressemblera, ni comment il se vendra. Je n’aurai aucun droit de regard sur lui et devrai m’y faire. Il aura tout de même fait de moi un auteur hybride. Cela s’appelle, je suppose, la maturité ! Faire ce que l’on doit pour obtenir ce que l’on veut : davantage de lecteurs.