L’irresponsabilité, un mode de vie

CE N’EST PAS PARCE QUE L’ON AIME FAIRE L’AMOUR QUE L’ON EST MOINS RESPONSABLE. LOL. Rien à voir ! Avoir une sexualité responsable, c’est avant tout ne pas subir les conséquences des choix que l’on fait ; c’est les assumer pleinement, en conscience, en bon acteur de sa vie ; c’est mieux se respecter soi-même pour mieux respecter l’autre (le partenaire et les enfants que parfois l’on choisit d’avoir). Ils ne sont nullement des objets que l’on utilise pour satisfaire une pulsion. 

L’irresponsabilité sexuelle, parentale, et l’irresponsabilité sous toutes ses formes, contribuent à la faiblesse des peuples, à la gabegie, à la prolifération des maux tels que le banditisme, la violence, la haine, l’analphabétisme, l’insignifiance… Les situations d’abandon en milieu familial sont responsables des troubles de l’attachement, des carences affectives qui à leur tour entraînent un manque d’estime de soi, des complexes d’infériorité, la maltraitance, sinon la haine de soi, et contribuent à la multiplication des comportements à risques. La lâcheté de l’irresponsable génère le désordre. Un sentiment de filiation entravé peut mener à une errance psychologique intense, une confusion identitaire et une vulnérabilité accrue face à la prédation.  Être déconnecté de qui l’on est, d’où l’on vient, du respect des ancêtres, et de la connaissance de soi, nous transforme en victimes en puissance.

Comment, dans ces conditions, construit-on un avenir dont on peut être fier ?

Qu’en pensez-vous ? Quelles sont, à votre avis, les conséquences de l’irresponsabilité ?

Ces thèmes me tiennent à cœur. J’en parle dans mes écrits. Je forme, je coache ceux qui me sollicitent, et parfois j’en ris, pour qu’ensemble nous désapprenions l’impuissance et transformions cette peur qui nous prive de notre joie de vivre, de notre pouvoir et nous empêche de nous réaliser.  Je cherche à nous inspirer tous, moi y compris, à mener une vie d’audace et d’exubérance.

DE LA NÉCESSITÉ DE PROFESSIONNALISER NOTRE PRODUCTION INDÉPENDANTE

DE LA NÉCESSITÉ DE PROFESSIONNALISER NOTRE PRODUCTION INDÉPENDANTE

Écrire est moins facile maintenant que j’en suis à mon dixième ouvrage. Au tout début ne sachant pas ce que je faisais, j’écrivais en toute confiance, soucieux uniquement de raconter une histoire. Beginner’s luck a voulu que les choses se passent bien et que deux maisons d’édition offrent de me publier. Une me demandait de faire des changements conséquents que je ne comprenais pas vraiment, l’autre m’acceptait tel quel. Son équipe se chargerait du reste. J’étais comblé.

Au fil du temps, dans l’impossibilité d’apporter les modifications que je souhaitais au texte, d’influer sur le choix de la couverture, d’échanger même une phrase avec le responsable de la maison d’édition qui cherchait à faire de moi son employé ou pire, son larbin, face également à des droits d’auteur de l’ordre de 10%, à la première occasion de non-respect d’une des clauses, j’ai légalement rompu le contrat et me suis tourné vers l’autoédition. D’autres éditeurs pourtant m’avaient bien dit que dans la profession, il était rare que les délais de parution annoncés soient respectés. Plus tard, en lisant le journal, j’apprenais que mon éditeur avait été condamné pour non-paiement de droits d’auteur. J’avais donc eu le bon réflexe.

Plus j’écrivais, plus je lisais d’autres auteurs, plus je confrontais mes propres textes aux lecteurs, plus je me développais, et plus les difficultés et le doute apparaissaient. Il fallait toujours mieux faire ! jamais se satisfaire d’un mot, d’une tournure de phrase, d’une scène, d’une idée, d’un passage, et surtout ne jamais s’emmouracher de son propre travail. Pour produire sans honte un meilleur texte, il fallait toujours tout repenser, tout remettre en question jusqu’à ce que l’on ne trouve plus rien à redire ; et enfin laisser d’autres personnes, de préférence, des lecteurs aguerris, des correcteurs, et des illustrateurs professionnels, tout critiquer avec justifications à l’appui. Sans se défendre ou se justifier, recevoir la critique, la chercher activement, faire l’effort de la comprendre, et l’intégrer si elle faisait sens. Caractérisation, trame, rythme, couverture, et j’en passe, tout cela devait être critiqué par eux aussi.  

Écrire m’a demandé beaucoup d’humilité et un travail fou. Mais le pire était à venir. À moins que l’on ne soit connu et/ou populaire, donner de la visibilité à un ouvrage, et réussir à en vendre de nombreux exemplaires restaient des défis de taille, du boulot que personne ne pouvait accomplir seul. Il fallait, je crois, un business plan, un plan marketing, un plan de communication, une approche intentionnelle et méthodique. À l’avenir, pourquoi pas, une boîte de communication responsable de démarches mesurables et claires si j’en ai les moyens ? J’y travaille. Professionnaliser sa production, c’est s’entourer de personnes fiables qui acceptent de jouer le jeu de la solidarité. Le ferment de toute vraie autonomie, l’interdépendance dans la production exige la professionnalisation qui en plus d’être une façon de penser, est une manière d’opérer. Malheureusement, ces qualités, la fiabilité et la solidarité, trop souvent, manquent chez nous. Ma tête est dure. Je refuse encore de l’accepter.

Quand j’en ai l’occasion, je fais l’effort de mettre en avant des auteurs que je découvre et qui me plaisent, surtout s’ils se disent indépendants. Une bonne histoire est une bonne histoire qu’elle soit éditée traditionnellement ou pas. Pas de compétition inutile, un même lecteur peut gérer plusieurs bonnes lectures au cours d’une vie. Les auteurs indépendants de ma région gagneraient à se rapprocher les uns des autres pour échanger des procédés qui marchent, se raconter leurs histoires, se corriger mutuellement, entendre un autre point de vue, se soutenir, s’entraider. Peu importe comment un livre apparaît, l’important est que l’histoire soit bonne. Dans mon ancienne ville, Leesburg, en Virginie, une cinquantaine d’auteurs se rencontraient chaque premier vendredi du mois dans le sous-sol de la mairie. La dernière fois que j’ai participé, un éditeur était venu à notre rencontre pour commenter les deux premières pages de nos récits lues à haute voix par des volontaires pleins d’entrain. Il fallait s’asseoir sur son ego. Le processus était rude. 

Commençons la discussion, si vous voulez bien !  

Cauchemar

Un goût métallique dans la bouche, la tête dans le cirage, empli d’une sensation de vide et d’impuissance, Nestor, que les évènements dépassent, mains et pieds ligotés, se regarde grimacer, terrassé par la force herculéenne d’un homme qui lui a volé son visage. Pas celui d’aujourd’hui, mais la version moins usée, plus orgueilleuse et conquérante d’antan. Il décèle de la haine dans le regard qui le transperce, et quelque chose de pire, une expression nouvelle, une excitation débordante, peut-être, de la maniaquerie même.  

À quoi cela rime-t-il ? Expérience mystique, cérémonie vaudou ? De quoi s’agit-il vraiment ? Un sabre en acier à la lame affilée apparaît d’un coup. Il le tranche lentement, comme on tranche un cochon, de haut en bas puis en travers, en signe de croix. Son sosie s’évanouit dans la pénombre brumeuse sans laisser aucune trace, l’abandonnant pour mort sur son chemin de croix. Ses cris sourds sont en vain. Longuement prémédité, le crime passera inaperçu. 

« Que m’arrive-t-il ? » Personne ne peut l’entendre. Il est seul dans un parc à cochons. Son cœur s’emballe une dernière fois. Nestor se voit dépérir. Il suffoque. Le sang coule. Ses entrailles finiront dans le ventre des porcs et la fange dans laquelle ils se vautrent. Une vague de chaleur l’envahit. Il se voit basculer, perdre tout contrôle, s’affaisser, s’enfoncer dans le sol avant de se dissoudre.  

La puanteur et un violent haut-le-cœur l’arrachent à son sommeil. Il a fait sur lui, a inondé son pyjama de chiasse. Il sue à grosses gouttes. Trempé, désespéré, il se tourne vers sa femme, Victorine, cherche à s’accrocher à son regard, à son corps. Elle dort profondément encore. Il l’agrippe. Hagard, il la scrute puis lui vomit dessus. Réveillée en sursaut, recouverte de sa bile, elle explose dans un vacarme d’insultes et de protestations. « Fan de gas » (fils de pute). 

Plus effaré encore qu’elle ne l’est, apeuré, Nestor, ne trouve rien à dire d’autre, pour sa gouverne, que : 

— C’est la faute de Romuald. Il veut ma peau.

JE SUIS UN AUTEUR INDÉPENDANT

J’écris parce que j’existe et que j’ai des choses à dire. Je me fous des lignes éditoriales et des préférences lexicales des autres. Je n’écris pas pour leur donner bonne ou mauvaise conscience, raison ou tort, les impressionner ou les dégoûter, mais pour extirper de mes tripes les histoires qui me démangent ; pouvoir m’exprimer comme je veux, sans contrainte, sans complexe, et sans peur. Il n’y a rien de plus satisfaisant !  

Vous kiffez ? J’en suis ravi. Sinon, tant pis !

Les quelques moules littéraires qui me sont offerts par ma culture ne me conviennent pas. Ils sont trop limitants. L’indépendance chez moi est une valeur incontournable. Quand j’y contreviens, mon malaise se transforme en souffrance morale. Malgré les doutes occasionnels, fidèle à moi-même, je trace la voie que je me suis fixée. Je suis un auteur indépendant qui écrit pour des esprits indépendants ou qui aspirent à le devenir.

J’assume. Il faut avoir le courage de vivre sa passion. Plus que tout, je veux donner libre cours à ma créativité ; pas attendre l’alignement des étoiles, que tout soit parfait, et chercher la permission de quiconque. On m’a récemment rappelé que l’écriture est un acte d’autorité. Il faut absolument croire en soi, en son message, en son intention de bien faire, et puis s’atteler à la tâche. Rester humble, accepter la critique quand elle est constructive et provient de quelqu’un dont les bonnes intentions sont claires. Il faut accepter d’avoir peur, mais se lancer et avancer quand même, malgré les cafouillages. On peut toujours mieux faire, mais c’est en faisant qu’on apprend.