DE LA NÉCESSITÉ DE PROFESSIONNALISER NOTRE PRODUCTION INDÉPENDANTE

DE LA NÉCESSITÉ DE PROFESSIONNALISER NOTRE PRODUCTION INDÉPENDANTE

Écrire est moins facile maintenant que j’en suis à mon dixième ouvrage. Au tout début ne sachant pas ce que je faisais, j’écrivais en toute confiance, soucieux uniquement de raconter une histoire. Beginner’s luck a voulu que les choses se passent bien et que deux maisons d’édition offrent de me publier. Une me demandait de faire des changements conséquents que je ne comprenais pas vraiment, l’autre m’acceptait tel quel. Son équipe se chargerait du reste. J’étais comblé.

Au fil du temps, dans l’impossibilité d’apporter les modifications que je souhaitais au texte, d’influer sur le choix de la couverture, d’échanger même une phrase avec le responsable de la maison d’édition qui cherchait à faire de moi son employé ou pire, son larbin, face également à des droits d’auteur de l’ordre de 10%, à la première occasion de non-respect d’une des clauses, j’ai légalement rompu le contrat et me suis tourné vers l’autoédition. D’autres éditeurs pourtant m’avaient bien dit que dans la profession, il était rare que les délais de parution annoncés soient respectés. Plus tard, en lisant le journal, j’apprenais que mon éditeur avait été condamné pour non-paiement de droits d’auteur. J’avais donc eu le bon réflexe.

Plus j’écrivais, plus je lisais d’autres auteurs, plus je confrontais mes propres textes aux lecteurs, plus je me développais, et plus les difficultés et le doute apparaissaient. Il fallait toujours mieux faire ! jamais se satisfaire d’un mot, d’une tournure de phrase, d’une scène, d’une idée, d’un passage, et surtout ne jamais s’emmouracher de son propre travail. Pour produire sans honte un meilleur texte, il fallait toujours tout repenser, tout remettre en question jusqu’à ce que l’on ne trouve plus rien à redire ; et enfin laisser d’autres personnes, de préférence, des lecteurs aguerris, des correcteurs, et des illustrateurs professionnels, tout critiquer avec justifications à l’appui. Sans se défendre ou se justifier, recevoir la critique, la chercher activement, faire l’effort de la comprendre, et l’intégrer si elle faisait sens. Caractérisation, trame, rythme, couverture, et j’en passe, tout cela devait être critiqué par eux aussi.  

Écrire m’a demandé beaucoup d’humilité et un travail fou. Mais le pire était à venir. À moins que l’on ne soit connu et/ou populaire, donner de la visibilité à un ouvrage, et réussir à en vendre de nombreux exemplaires restaient des défis de taille, du boulot que personne ne pouvait accomplir seul. Il fallait, je crois, un business plan, un plan marketing, un plan de communication, une approche intentionnelle et méthodique. À l’avenir, pourquoi pas, une boîte de communication responsable de démarches mesurables et claires si j’en ai les moyens ? J’y travaille. Professionnaliser sa production, c’est s’entourer de personnes fiables qui acceptent de jouer le jeu de la solidarité. Le ferment de toute vraie autonomie, l’interdépendance dans la production exige la professionnalisation qui en plus d’être une façon de penser, est une manière d’opérer. Malheureusement, ces qualités, la fiabilité et la solidarité, trop souvent, manquent chez nous. Ma tête est dure. Je refuse encore de l’accepter.

Quand j’en ai l’occasion, je fais l’effort de mettre en avant des auteurs que je découvre et qui me plaisent, surtout s’ils se disent indépendants. Une bonne histoire est une bonne histoire qu’elle soit éditée traditionnellement ou pas. Pas de compétition inutile, un même lecteur peut gérer plusieurs bonnes lectures au cours d’une vie. Les auteurs indépendants de ma région gagneraient à se rapprocher les uns des autres pour échanger des procédés qui marchent, se raconter leurs histoires, se corriger mutuellement, entendre un autre point de vue, se soutenir, s’entraider. Peu importe comment un livre apparaît, l’important est que l’histoire soit bonne. Dans mon ancienne ville, Leesburg, en Virginie, une cinquantaine d’auteurs se rencontraient chaque premier vendredi du mois dans le sous-sol de la mairie. La dernière fois que j’ai participé, un éditeur était venu à notre rencontre pour commenter les deux premières pages de nos récits lues à haute voix par des volontaires pleins d’entrain. Il fallait s’asseoir sur son ego. Le processus était rude. 

Commençons la discussion, si vous voulez bien !  

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